Adolescents et drogues : Addiction ou Transition ?

En 2008, l’étude ESCAPAD menée par l’OFDT (Observatoire Français des Drogues et Toxicomanies) a révélé qu’à l’âge de 17 ans, 70% des jeunes avaient expérimenté le tabac, 29% étaient fumeurs quotidiens et 8% étaient déjà de gros fumeurs (plus de 10 cigarettes par jour). Concernant l’alcool, 92% avaient déjà consommé, 77% buvaient au moins une consommation alcoolisée par mois et 9% buvaient régulièrement. 60% avaient déjà connu l’ivresse, 26% plusieurs fois et 9% de manière régulière. 42% avaient expérimenté le cannabis, 25% en consommaient au moins une fois par mois et 7% de manière régulière.

Une consommation de produits psychotropes à l’âge de 17 ans est-il prédictif d’une future addiction ou reflète-t-elle simplement une facette de cette période si particulière qu’est l’adolescence ?

Doit-on placer tous les produits sur le même plan ?

La caractéristique d’un produit psychotrope est d’avoir des effets sur le cerveau. Ce dernier va s’habituer à la présence de ces substances étrangères qui génèrent du bien-être et le consommateur va être amené à en consommer toujours plus pour obtenir les mêmes effets (on appelle ce phénomène la « tolérance »).

A court, moyen ou long terme, la tolérance peut induire une dépendance physique au produit qui deviendra alors un besoin pour le corps et fera du consommateur un esclave de sa substance. Mais tous les produits n’ont pas le même pouvoir « addictif » et tous les organismes ne réagissent pas de la même façon.

Le tabac, à l’instar de l’héroïne ou la cocaïne, induit rapidement une dépendance très forte. Un ado qui commence à fumer « pour faire comme tout le monde » ou pour renforcer son identité aura toutes les chances de devenir un fumeur régulier après quelques mois seulement de consommation. Sur 10 jeunes qui fument occasionnellement, 6 deviendront très vite dépendants de la cigarette. L’alcool n’a pas le même pouvoir. Beaucoup de gens peuvent même en consommer quotidiennement sans jamais devenir dépendants. Statistiquement, sur vingt adolescents qui boivent, deux deviendront des buveurs excessifs et un seul sera dépendant physiquement au produit après plusieurs années de consommation. La génétique, la psychologie et l’environnement joueront un rôle important et croisé dans l’installation de cette dépendance. Concernant le cannabis, la proportion des jeunes qui en deviendront dépendants est encore plus faible.

Mais ce n’est pas parce que l’alcool ou le cannabis n’induisent pas de dépendance immédiate et inéluctable qu’en consommer n’expose pas les jeunes à des risques potentiels et dommageables : accidents, violence, dépendance psychologique, conséquences sociales et scolaires, etc… Cela signifie seulement qu’un adolescent qui fume ou s’initie à des drogues comme la cocaïne ou l’héroïne (ou leurs dérivés) aura un risque beaucoup plus important de devenir dépendant à ces substances et n’aura plus le choix d’en arrêter la consommation une fois la « crise d’adolescence » dépassée.

La consommation de drogues peut être régulière ou occasionnelle. Les produits utilisés et les modes de consommation sont très variés et ne conduisent pas toujours, comme nous venons de le voir, à la dépendance physique. Les modes de consommation vont de l’initiation sans lendemain jusqu’à la dépendance, en passant par la consommation occasionnelle à but récréatif, etc. Il est important de préciser que tout le monde n’est pas égal devant les drogues, que ce soit pour des raisons biologiques, génétiques ou psychologiques ; à consommation égale, les conséquences pourront être radicalement différentes d’un individu à l’autre.

Pourquoi un ado a-t-il recours aux produits ?

L’adolescence est une période particulière d’exploration et d’expérimentation de soi-même et du monde extérieur. C’est aussi une période de recherche de sa propre identité. Cette quête identitaire se déroule parfois dans un climat de « heurts » dont la prise de risques est l’un des aspects caractéristiques.

Les trois principales causes sociales ou affectives qui peuvent en partie expliquer la consommation de drogue par l’adolescent sont :

  1. Un sentiment d’abandon et d’insécurité consécutif au divorce des parents ou associé à un climat familial délétère ; la difficulté de trouver un sens à sa vie et à la vie en général ; une volonté de transgression plus forte que l’interdit, parfois encouragée par un entourage trop systématiquement hostile à l’adolescent ou au contraire trop laxiste.
  2. Souhaiter s’intégrer à un groupe, réduire les tensions psychiques, attirer l’attention des parents, sont également des motivations fréquentes de l’adolescent qui passera à l’acte d’autant plus facilement que la recherche de repères et d’identité est difficile.
  3. Plus le jeune a de difficultés pour construire ses propres repères et donner du sens à sa vie et plus les risques de consommation de drogues sont grands.

Adolescence et consommation de drogues

Le premier contact

Le premier contact à l’adolescence avec une drogue se fait habituellement sous l’influence des pairs. Cette « initiation » renvoie à des modalités particulières du fonctionnement de l’adolescent et des remaniements psychologiques normaux qu’il traverse à cet âge. Ces derniers se caractérisent essentiellement par le besoin de s’identifier à un groupe et de transgresser les règles édictées par les adultes et la société en général.

Ce premier contact est motivé par la curiosité, la recherche du plaisir et d’expériences nouvelles, ou simplement le fruit d’une occasion fortuite. Il survient rarement dans un contexte de difficulté psychologique ou, du moins, n’est pas motivé par cette raison.

Cette première expérience risque d’être répétée ponctuellement à l’occasion d’activités sociales ou festives. Une fréquence qui augmente ou qui provoque des changements dans le comportement psychologique et social (mauvaises fréquentations, mises en danger, baisse des résultats scolaires, absentéisme, isolement, agressivité ou mutisme, détérioration des relations avec la famille, etc.) devient inquiétante.

La consommation régulière

La consommation régulière de drogues n’est pas obligatoirement prédictif de délinquance ou de marginalisation. Par contre, elle est toujours le signe d’un malaise chez l’individu, notamment si elle est excessive (incapacité à contrôler son angoisse, difficulté d’identification, conflit familial, …). Le fait de consommer seul est un facteur aggravant.

Tous les produits peuvent entraîner une dépendance psychique et certains, comme les

solvants (colle, éther, essence, …), le tabac, l’alcool, certains psychotropes (amphétamines, benzodiazépines, barbituriques), l’opium et ses dérivés (morphine, héroïne), entraînent une dépendance physique, de modérée à forte, avec des désordres somatiques.

Consommation excessive ou dépendance

Pour différentes raisons (biologiques, psychologiques, sociales), certains jeunes vont devenir « accros » aux produits, qui vont occuper au fil du temps une place de plus en plus importante dans sa vie, voire l’envahir complètement et devenir son seul objet de motivation. A ce stade, une intervention médico-psychologique devient indispensable. Mais la plupart du temps, il est bien difficile de persuader le jeune qui est installé dans le déni et se moque des conséquences négatives de sa consommation. Une fois de plus, le dialogue sera plus efficace que la confrontation et le conflit.

Certains profils d’ados sont-ils prédictifs d’un usage régulier ou excessif ?

Avec la notion « d’enfants et d’adolescents confrontés à des situations particulièrement difficiles », l’OMS a identifié une catégorie de jeunes qui constitue un groupe à risque, c’est-à-dire plus vulnérable. Pour ces enfants et adolescents, la plupart du temps en difficulté scolaire, psychologique, familiale et/ou sociale, parfois victimes d’abus sexuels ou de violences physiques, la consommation de drogues va devenir un moyen de compenser leur difficulté à établir des projets d’avenir ou des relations interpersonnelles positives. Leur entourage dont le niveau socio-professionnel est généralement peu élevé n’a souvent pas assez de ressources pour les aider à ne pas rentrer dans cette spirale délétère.

Mais on constate également que les milieux favorisés et les familles bien structurées ne sont pas épargnés : parents trop investis professionnellement ou peu attentifs, carences affectives et même « manque de manque » chez les enfants qui reçoivent tout avant même d’en éprouver le besoin.

Quelle attitude adopter ?

Face à l’adolescent consommateur de produits stupéfiants, il est essentiel de d’adopter certains comportements :

  • Eviter la dramatisation excessive devant une consommation occasionnelle, qui risquerait de provoquer un renforcement du comportement par défi. Faire des expériences n’est pas forcément le début d’une conduite déviante et constituera le plus souvent l’une des nombreuses voies explorées par le jeune pour s’affirmer et se construire.
  • Ne pas toutefois banaliser cette consommation sous prétexte « qu’il faut que jeunesse se passe », car le recours à la drogue peut cacher une difficulté psychologique, un mal de vivre ou un manque de motivation existentielle. Une fois encore, un dialogue ouvert et dénué de reproches sera le meilleur moyen d’établir une relation de confiance avec le jeune et montrer que l’on s’intéresse de près à sa personne.
  • Rechercher le sens de ce comportement : désir de s’intégrer dans un groupe, vivre de nouvelles expériences, diminuer le stress ou l’anxiété, provoquer la réaction des adultes, etc…
  • Etre très attentif aux changements de comportement induits par la consommation et à leurs conséquences possibles sur le plan de la santé, de la sécurité, de l’intégration sociales ou d’ennuis avec la justice. La consommation de toxiques peut être un symptôme laissant présager le déclenchement ou l’aggravation d’une pathologie mentale (il est bien établi que le cannabis par exemple peut être inducteur de décompensation psychotique).
  • En cas de consommation répétée, il est important d’évaluer la place occupée par la drogue dans la vie du jeune et d’en observer l’évolution : expérimentation, soulagement d’un malaise psychologique, compulsion, association de plusieurs produits, etc. L’impulsivité, l’absence de soutien dans l’entourage, la difficulté à contrôler sa propre angoisse et le fait de privilégier la prise de produit pour satisfaire immédiatement une envie ou soulager une souffrance sont des facteurs prédictifs de la répétition de cette conduite et le passage potentiel à la dépendance (psychologique ou physique).

Conclusion

La consommation de stupéfiants chez l’adolescent représente un problème complexe dont il est important d’apprécier l’importance et l’évolution possible. Il est essentiel de faire la part des choses entre la turbulence de la période adolescente et l’entrée possible dans une dépendance lourde de conséquences. Ici encore, le dialogue sera la meilleure arme pour établir la confiance et suivre l’évolution du problème. Si la mise en place d’une prise en charge thérapeutique s’avère nécessaire, celle-ci devra aller au-delà de la consommation de produits qui, dans bien des cas, ne constitue que le symptôme d’un mal-être plus profond.

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