Avez-vous peur de l’abandon ?


Abandon réel ou imaginaire

La souffrance d’abandon peut être qualifiée de sentiment, d’état ou d’angoisse.  Elle peut être déclenchée par de nombreuses situations et chaque personne aura ses propres ressentis et réactions face à ces situations.

Certains ont vécu des rejets ou abandons réels dans leur enfance ou plus tard. Parfois, l’abandon est imaginaire, lié notamment à un manque d’estime de soi. La sensation d’abandon est souvent très pénible voire traumatique.  Après une souffrance d’abandon inaugurale, la personne ne voudra surtout pas revivre une situation similaire et fera tout pour l’éviter. Chaque situation susceptible de donner lieu à un abandon (réel ou imaginaire) ravivera le souvenir de la souffrance initiale et déclenchera la peur.

Il s’agit là de la conviction du principe de répétition (ce qui est arrivé arrivera).

Cette souffrance s’exprime un peu de la même façon chez tous les gens concernés malgré la singularité de chaque histoire. Ce sentiment serait-il alors universel et appartenant aux craintes fondamentales de l’être humain, au même titre que la peur de la mort ? Ou bien la conséquence d’un abandon inaugural que la personne craint de voir se répéter ?

Les personnes qui éprouvent une peur profonde et permanente d’être abandonnés ou rejetés pourront adopter trois attitudes différentes, conscientes ou non :

  1. Certains, prisonniers de leur peur, incapables de prendre du recul par rapport à celle-ci, en arrivent par leur comportement défensif (jaloux, exclusif, étouffant, …) à provoquer l’abandon qu’ils redoutent tellement.

  2. D’autres, assumant en quelque sorte cette peur permanente, s’accrocheront à quelqu’un ou à quelque chose, corps et âme, prêts à tout compromis ou soumission pour ne pas être abandonnés ou rejetés

  3. D’autres enfin éviteront tout engagement ou relation potentiellement capable de déclencher chez eux une souffrance de l’abandon (ils rechercheront une union sans amour par exemple, des relations amicales sans attente, etc.). A la moindre alerte, ils rompent les ponts pour ne pas prendre le risque de ressentir ce sentiment qu’ils redoutent plus que tout.

Dans les deux premiers cas, la crainte de la solitude est souvent à l’origine de cette peur de l’abandon. Certaines personnes redoutent par-dessus tout d’être seules. Cette incapacité à supporter la solitude, qu’elle soit physique ou morale, les amènent à renoncer à leur liberté et à leurs propres besoins et désirs au profit de ceux des autres, espérant que ce sacrifice les protégera de l’abandon. Mais l’incertitude les plonge en permanence dans les déceptions, la tristesse, les colères et les angoisses, ces dernières venant renforcer le comportement de soumission.

La peur de l’abandon n’est bien sûr pas innée ni déterminée par le caractère mais elle s’intègre parfois très tôt à la personnalité suite à des vécus et/ou à l’éducation.

Qu’est-ce que l’abandon ?

La notion d’abandon ne se limite pas aux situations physiques de rupture ou d’éloignement. On peut aussi être abandonné moralement, par exemple :

  • Ne pas être aidé en cas de besoin
  • Ne pas être écouté ou compris par des personnes jugées importantes
  • Être rejeté ou exclu d’un groupe
  • Etc.

Comme pour le sentiment de culpabilité, le sentiment d’abandon peut porter sur un abandon réel ou imaginaire.

La personne qui lutte activement contre l’abandon au risque de le provoquer

  • Amour, amitié, relations de travail, …
  • Besoin de montrer son attachement (preuves d’amour, cadeaux, zèle au travail…) et d’obtenir des signes de reconnaissance en retour (preuves d’amour, admiration, remerciements, compliments). Ces signes sont vitaux pour rassurer la personne contre un potentiel abandon (réel ou, le plus souvent, imaginaire).
  • Les personnes ayant un problème d’attachement insécure de type anxieux ou une estime de soi basse seront enclins à ce type de comportement.
  • Souvent, les personnes en recherche de reconnaissance ne savent pas reconnaître les signes traduisant cette reconnaissance (exemple d’une employée régulièrement augmentée grâce à son sérieux et sa compétence, mais blessée par le fait que son patron ne lui faisait jamais de compliments à chaque fois qu’elle faisait quelque chose de bien).

La personne prête à tout pour éviter l’abandon

Angoisse latente s’exprimant au moindre risque d’abandon (reproches, critiques, disputes), sentiment permanent d’insécurité, soumission,

La personne « désincarnée » ou évitante

Pour éviter d’éprouver la peur de l’abandon, elle va renoncer à tout engagement et à toute attente envers les autres. Dès qu’elle perçoit une possibilité d’attachement, elle fuit.

TEST d’évaluation de la crainte de l’abandon

Source : inspiré du test – Etes-vous dépendant affectif ? Géraldyne Prévot Gigant, November 26, 2017

    Très vrai Plutôt vrai Plutôt faux Très faux
1 Il vous est difficile de faire des activités seul(e) – Cinéma, restaurant, promenades, etc.        
2 Vous anticipez les week-ends afin de ne jamais vous retrouver seul(e)        
3 Vous avez souvent peur d’être rejeté(e) ou abandonné(e) et faites donc le maximum pour être conforme aux attentes des autres        
4 Vous éprouvez de l’anxiété et/ou vous vous « faites des films » si votre partenaire (voire vos amis proches) ne répond pas suffisamment rapidement à vos appels ou messages        
5 Vous avez besoin de démonstrations affectives continuelles pour être rassuré(e) sur l’amour que vous porte votre partenaire        
6 Avant de prendre une décision ou engager une action personnelle, vous vous assurez  toujours qu’elle ne va pas déplaire à votre entourage proche et vous attirer des critiques.        
7 Pour être rassuré(e) sur l’affection/amitié qu’une personne vous porte, vous avez besoin qu’elle vous le dise ou qu’elle vous le montre le plus souvent possible.        
9 Vous privilégiez trop souvent les besoins des autres aux dépens des vôtres        
10 Lorsqu’un ami décommande une sortie, vous pensez toujours qu’il n’avait pas envie de vous voir        
11 Si une personne proche oublie accidentellement votre anniversaire, vous pensez tout de suite avec anxiété qu’elle s’éloigne de vous.        
    Très vrai Plutôt vrai Plutôt faux Très faux
12 Vous ne supportez pas la solitude (sauf lorsque c’est vous qui choisissez d’avoir des moments à vous)        
13 Vous avez un besoin vital de vous sentir aimé(e) pour apprécier les choses de la vie        
14 Même si votre partenaire vous fait souffrir, vous n’arrivez pas à envisager la vie sans lui        
15 Les critiques vous sont intolérables, vous les interprétez tout de suite comme un signe ou une menace de rejet        
16 Vous êtes particulièrement jaloux(se) envers votre partenaire        
17 Dans votre job, vous en faites toujours trop de peur d’être critiqué(e)        
18 Lors d’une nouvelle rencontre, il vous arrive d’avoir très rapidement des relations sexuelles, non par désir mais uniquement pour favoriser l’attachement du partenaire        
19 Vous êtes très exclusif(ve) envers vos amis        
20 Vous avez rarement été « célibataire ». En cas de rupture, vous avez toujours cherché et trouvé rapidement un nouveau partenaire pour remplacer l’ancien        
21 Vous êtes presque exclusivement attiré(e) par des personnes indisponibles car vous avez peur de vous engager        
22 Dès que vous commencez à éprouver des sentiments amoureux envers un nouveau partenaire vous fuyez de peur de souffrir        
23 Dès qu’une relation (amoureuse ou amicale) devient problématique, c’est vous qui vous prenez l’initiative de rompre ou de couper les ponts        
24 Si vous vivez une relation forte, vous avez la conviction qu’elle ne va pas durer        
    Très vrai Plutôt vrai Plutôt faux Très faux
25 Si vous vous montriez telle que vous êtes réellement, vous craindriez que les autres vous rejettent, vous préférez essayer d’être conforme à leurs attentes.        
26 Plutôt rester seul(e) dans son coin que de risquer d’être abandonné(e)        
27 Vous pensez avoir une bonne estime de soi        
  Total          
  • Au moins 3 « très vrai » : crainte de l’abandon, non handicapante ni obsessionnelle, qui s’exprime le plus souvent face à un risque justifié (par exemple dispute grave, départ imminent d’un enfant du domicile familial, etc.).
  • Si vous avez autour de 7 à 14 réponses « très vrai » : la mpeur de l’abandon est très présente dans votre vie et peut la diriger. Ce trouble est certainement apparu assez tôt dans votre vie et n’a fait que s’amplifier par crainte de la répétition. Anxiété permanente de déplaire et de perdre l’amour d’autrui.
  • Si vous avez plus de 15 réponses positives : beaucoup de souffrance. Tout est sujet à angoisse. Vous n’êtes pas heureux. La plupart des relations amoureuses ou amicales sont source de souffrance. 
  • Inférieur à 3 « très vrai » : votre carapace vous protège de la souffrance d’abandon mais, sous couvert de liberté, la vie risque d’être bien fade. 

La notion d’importance (de soi par rapport aux autres et des autres par rapport à soi) est un facteur susceptible d’influencer le sentiment d’abandon. Ce concept majeur sera développé ultérieurement.

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