Qu’est-ce que la personnalité ?

 « Ne confondez pas ma personnalité et mon attitude. Ma personnalité est qui je suis, et mon attitude dépend de qui vous êtes » .

 « Comme on peut se tromper sur la véritable personnalité des êtres ! Il suffit parfois de s’attacher à un détail pour que s’édifie autour un personnage imaginaire » (Jacques Languirand, écrivain canadien)

Qu’est-ce que la personnalité ?

La personnalité est définie comme l’ensemble des croyances, pensées, émotions, comportements qui constituent l’individualité d’une personne. Elle rend chaque personne spécifique et unique dans sa façon d’agir et de réagir, de ressentir et de penser. Sa caractéristique principale est d’être stable dans le temps. La personnalité découle  du caractère de base (principalement inné) et évoluera tout au long de l’existence en fonction de l’éducation reçue puis des expériences de la vie. Cette définition nous montre déjà que notre personnalité pourra évoluer avec le temps mais sans changer radicalement.

La personnalité comprend l’ensemble des mécanismes psychiques qui nous permettent de nous adapter en permanence à notre environnement, via nos comportements ; c’est là son rôle exact. Pour faire simple, à chaque fois que nous nous trouvons face à une situation déjà connue, nous disposons d’un ensemble d’actions ou de réactions (préprogrammées dans notre personnalité) pour agir ou réagir, la stratégie spécifique adoptée dépendant des émotions et pensées que nous éprouvons à ce moment précis ; en effet, le ressenti face à une même situation peut varier d’une fois sur l’autre (notamment en fonction de notre humeur) et provoquer des réactions différentes.

Il faut donc distinguer les émotions ressenties face à une situation précise de celles provoquées par nos traits de personnalité. Par exemple, éprouver de la peur face à une situation dangereuse ne fait pas de nous une personne peureuse. Ce qualificatif sera réservé à quelqu’un qui éprouvera souvent cette peur, indépendamment du caractère objectivement dangereux d’une situation ; on parle alors de trait de personnalité. La peur et l’anxiété sont dans ce cas des traits émotionnels (des façons stables de réagir) qui caractérisent cette personne.  Autre exemple : une personne craignant l’abandon (trait de personnalité) réagira toujours douloureusement à la moindre rupture, alors qu’une personne n’ayant pas ce trait de caractère réagira en fonction de son ressenti face à cette rupture ; elle ne souffrira que si elle tient à la personne.

Chaque personne possède donc ses propres traits de personnalité qui la caractérisent. Lorsque ces traits de personnalités sont figés et ne varient pas en fonction des situations rencontrées, on parlera de troubles de la personnalité, nous en reparlerons plus loin en détail.

Comment la personnalité se constitue-t-elle ?

Caractère de base ——> Education ——-> Expériences ——-> Personnalité évolutive

Nous possédons tous un caractère de base, inné, programmé génétiquement. Ce caractère, dont nous allons détailler la structure, nous accompagnera toute notre vie. Il va toutefois évoluer, dans un premier temps par le biais de notre éducation puis par celui de nos expériences. Par exemple, un enfant très introverti et solitaire verra ses parents l’encourager aux relations sociales pour atténuer ce trait de caractère ; confronté aux réalités de la vie, l’introverti pourra également faire des efforts pour mieux communiquer avec les autres, efforts qui deviendront des habitudes venant modifier le comportement et par suite la personnalité. Il ne s’agira pas d’un changement de personnalité mais d’aménagements et évolutions au fil du temps pour s’adapter à son environnement.

Le caractère

Chaque personne aura un caractère différent qui sera une combinaison de 3 grandes dimensions psychiques communes et universelles (théorie inspirée de C.G. Jung) :

Egocentrique – Allocentrique

L’égocentrique voit le monde par ses yeux, il en est le centre. L’allocentrisme est le contraire de l’égocentrisme. Le sujet allocentrique s’intéresse davantage aux autres qu’à lui-même, il pense et agit en privilégiant les intérêts d’une personne ou un groupe par rapport à ses propres objectifs. Ne pas confondre égocentrisme (dimension de personnalité) avec égoïsme (défaut moral). Par exemple, l’égocentrique pourra manger tout un paquet de bonbon devant ses amis sans même imaginer qu’il pourrait partager. L’égoïste, lui, pourra faire la même chose mais il sait qu’il devrait partager, il est conscient de son comportement.

 Introverti – Extraverti

Chez l’extraverti, l’intérêt et l’énergie sont dirigés vers le dehors. Il se nourrit des perceptions des autres et du monde qui l’entoure. L’introverti, au contraire,  est tourné vers son monde intérieur dans lequel il puise l’essentiel de ses sensations. Il n’a pas besoin des autres pour se sentir exister.

 Cérébral – Emotionnel (pensée/émotion)

Aux dimensions précédentes s’ajoutent quatre fonctions psychiques qui s’opposent deux à deux :

  • La pensée / les émotions (le ressenti)
  • La sensation /l’intuition.

La pensée est la faculté de faire une synthèse entre les événements, les émotions ressenties et les croyances en vue de prendre des décisions et de réaliser des actions. Elle est intellectuelle, analytique, organisatrice, objective. Elle peut être volontaire mais le plus souvent automatique, étroitement liée aux émotions. Les personnes cérébrales sont souvent moins sensibles ou bien ne se fient pas à leurs émotions pour prendre leurs décisions.

L’émotion ou le sentiment est la fonction par laquelle nous ressentons ce qui nous arrive, pensées ou situations. Sa première utilité est de nous indiquer si nous adhérons ou si nous rejetons. Avec ensuite des centaines de nuances qui nous permettront, via la pensée, d’adopter des réactions. Cette fonction est affective et subjective.

Certaines personnes prennent des décisions et agissent en fonction de leur réflexion (leurs pensées) en privilégiant le long terme alors que d’autres obéissent prioritairement à leur ressenti (leurs émotions) en privilégiant alors le court terme. Chaque personne occupera une position qui lui est propre entre les deux extrêmes : la personne froide et calculatrice d’une part, l’hypersensible de l’autre.

La sensation est la fonction par laquelle est perçu le monde extérieur (les cinq sens). Elle relève de l’observation objective, sensible, concrète et découle du moment présent. Le sensitif s’appuie sur ses perceptions concrètes et immédiates pour réagir à une situation.

L’intuition est la fonction qui s’appuyant sur l’imagination et au-delà de l’observable, explore tous les possibles et sélectionne celui ou ceux qui paraissent les plus probables. Cette fonction est spéculative et subjective. Contrairement au sensitif, l’intuitif laisse son inconscient-subconscient analyser à sa place les perceptions immédiates et délivrer une synthèse.

Sensation et intuition s’excluent car on ne peut pas à la fois être concrètement attentif à son environnent et s’en détacher par l’imagination. Mais comme pour les autres  dimensions,  chaque personne se situe sur un continuum allant de l’hyper-sensitivité à l’hyper-distractibilité (le Pr. Tournesol). Il ne faut tout de fois pas en conclure que le sensitif sera proche de la réalité et que l’intuitif s’en éloignera. C’est l’interprétation par la pensée des émotions induites par ce trait de caractère qui déterminera la nature de nos réactions.

Selon cette théorie, notre caractère de base dépendra donc de ces quatre dimensions :

  1. Egocentrique  —————>   Allocentrique
  2. Introverti        —————>   Extraverti
  3. Cérébral          —————>   Emotionnel
  4. Sensitif           —————>   Intuitif

Chaque dimension constituera un continuum : il y aura par exemple des personnes extrêmement égocentriques, d’autres extrêmement allocentriques mais la majorité se trouvera plutôt au milieu de ce continuum, légèrement au-dessus ou en-dessous de la moyenne. Les personnes proches de cette moyenne seront beaucoup plus souples que les extrêmes, à savoir qu’ils pourront se montrer égocentriques dans certaines situations et allocentriques dans d’autres.

Jung a défini les huit archétypes suivants (en fonction des critères 2, 3 et 4, l’égocentrisme/allocentrisme n’ayant pas été pris en compte par cet auteur) qui permettent de catégoriser chaque individu par rapport à sa fonction principale. Il existe également une dimension secondaire que nous n’aborderons pas ici. Le test MBTI permet de définir le profil d’une personne selon ces critères.

  • Le cérébral extraverti, le cérébral introverti
  • L’émotionnel extraverti, l’émotionnel introverti
  • Le sensitif extraverti, le sensitif introverti
  • L’intuitif extraverti, l’intuitif introverti.

Il est essentiel d’intégrer qu’il est impossible de changer radicalement notre personnalité, fruit de notre caractère de base (semi-inné), modelé par notre éducation et affiné par nos expériences. Par exemple, un caractère de base égocentrique, se révèlera sur le plan comportemental par de l’égoïsme. Une éducation appropriée et l’expérience, voire une thérapie, pourront atténuer l’égoïsme en tant que manifestation mais l’égocentrisme sous-jacent restera intact. De la même manière, une personne très sensitive pourra, au fil du temps, prendre un peu de distance avec son environnement immédiat mais ne deviendra jamais un rêveur.

Comment notre personnalité conditionne-t-elle nos attitudes et nos comportements ?

Notre personnalité va constituer un filtre entre le monde qui nous entoure et notre conscience. Nos perceptions sont au départ inconsciente, ce que l’on conscientise n’est pas ce qui existe réellement mais ce que nous interprétons.

Exemples : Vous assistez dans la rue à une altercation entre deux hommes. En fonction de votre personnalité (et aussi d’autres facteurs environnementaux bien-sûr) vous aurez peur et vous éloignerez rapidement, ou bien vous prendrez parti, ou encore vous préviendrez la police, etc. Egalement, devant une proposition de nouveau travail, certains y verront d’office (avant même d’y réfléchir) une potentielle opportunité et d’autres une potentielle menace pour leur sécurité/tranquillité.

Il existe 2 filtres successifs entre les situations et notre conscience :

  • Les schémas cognitifs (Beck, Young) qui traduisent nos croyances fondamentales envers les choses, les autres et nous-mêmes. Ces croyances s’élaborent à partir des expériences vécues au cours de la vie, celles de l’enfance étant particulièrement marquantesChez une personne équilibrée, ces schémas permettent d’interpréter le monde qui nous entoure. Ils nous permettent d’adopter des stratégies pour réagir aux différentes situations que nous vivons quotidiennement, qu’elles soient banales et habituelles, ou au contraire exceptionnelles. Ces schémas sont souples et s’adaptent aux circonstances.
  • Les déformations de la pensée (biais de raisonnement, appelés aussi distorsions cognitives) qui transforment la réalité en fonction de ces croyances (les schémas). Elles déterminent la manière dont les faits vont être déformés. Chaque personne utilise ses propres déformations, en général toujours les mêmes.

La pensée « tout ou rien » : Penser de façon dichotomique : tout ou rien, noir ou blanc, jamais ou toujours, bon ou mauvais… quand cela ne correspond pas à la réalité. Ex. Se voir comme un raté suite à une performance moins que parfaite. Une nouvelle connaissance sera « géniale » ou « nulle »

L’inférence arbitraire : Tirer des conclusions hâtives (habituellement négatives) à partir de peu de preuves. Par ex., conclure que son patron est en colère contre soi parce qu’il n’a pas dit bonjour.

La surgénéralisation : Tirer une conclusion générale sur la base d’un seul (ou de quelques) incident(s). Ex. Si un événement négatif (p. ex. un échec) se produit, s’attendre à ce qu’il se reproduise constamment.

L’abstraction sélective : Ne porter attention qu’aux détails négatifs en excluant les détails positifs.

La dramatisation (ou amplification) et la minimisation :Donner un poids plus grand à un échec, une vulnérabilité ou une menace qu’à un succès, une force ou une opportunité; s’attendre au pire alors qu’il est moins probable que d’autres possibilités; vivre une situation comme intolérable alors qu’elle n’est qu’inconfortable…

La personnalisation : Penser à tort être responsable d’événements fâcheux hors de son contrôle; penser à tort que ce que les autres font est lié à soi (« c’est de ma faute si mes parents se disputent à mon sujet »)

Les troubles de la personnalité

Nous avons vu que chaque individu possède ses propres traits de personnalité qui le caractérisent et qui lui permettent d’adopter des comportements adaptatifs permanents et stables en fonction des circonstances. Chaque individu est donc doté d’une combinaison unique de traits. Mais quand les traits de personnalité sont rigides, c’est-à-dire qu’ils suscitent des émotions, pensées ou actions « réflexes », stéréotypées et inadaptées au contexte ou aux événements avec des conséquences péjoratives pour la personne, on parle de trouble de la personnalité  ou de personnalité difficile.

Alors que la personne sans trouble de la personnalité est capable de choisir ses stratégies en fonction de circonstances spécifiques, celle présentant un tel trouble les sur-utilise de façon rigide même lorsqu’elles sont clairement inadaptées et désavantageuses.

Par exemple, alors qu’il est normal d’être d’être méfiant et sur ses gardes dans un quartier réputé dangereux ou lorsqu’on achète une voiture d’occasion, la personne présentant un trouble de personnalité paranoïaque va réagir systématiquement de façon méfiante envers les gens, même s’il n’y a aucune raison objective de ne pas leur faire confiance. Par exemple, si vous rendez service à une personne paranoïaque, elle va se demander quelles sont vos intentions cachées

La personne « normale » a des croyances de base adaptées et relatives (je suis une personne raisonnablement compétente; le monde n’est pas fondamentalement dangereux mais il peut présenter des dangers ; les gens peuvent être bienveillants, neutres ou malveillants envers moi, je ne peux pas plaire à tout le monde, etc.). Celle qui présente un trouble de la personnalité, au contraire, détient des croyances extrêmes, négatives, globales et rigides (je suis incompétent, je dois être parfait, je dois plaire à tout le monde, les gens sont indignes de confiance, etc.).

Ces croyances (connaissances) de base qui constituent la compréhension qu’une personne a d’elle-même, du monde et des autres s’élaborent à partir des expériences vécues au cours de la vie, notamment celles de l’enfance. Nous appellerons schémas ces croyances qui « sommeillent » au fond de nous. Face à une situation donnée, un schéma (ou un ensemble de schémas) en rapport avec l’évènement va s’activer et servir de filtre pour interpréter cette situation et y réagir. Chez une personne présentant un trouble de la personnalité, certains schémas sont activés, à tort, dans un très large éventail de situations. Chaque trouble de la personnalité repose sur un ensemble spécifique de croyances et de comportements.

Classification des troubles de la personnalité en quelques mots

Les modèles présentés ici ont été définis par l’Association Américaine de Psychiatrie, qui propose dix troubles de la personnalité. L’objectif de ce classement n’est pas de coller une étiquette diagnostique sur le front des patients mais de définir certaines catégories en fonction des traits de caractère et des comportements afin de dégager des modes de fonctionnement communs à tous les patients présentant un trouble de personnalité spécifique. Il est à noter qu’une même personne peut présenter plusieurs troubles de la personnalités, en fonction des traits qu’elle exprime. Par exemple, elle peut être à la fois narcissique et para­noïaque, à des degrés divers.

Personnalité évitante : Croit qu’elle n’est pas digne d’amour ou de considération et qu’elle est vulnérable. Elle a tendance à éviter l’intimité, les critiques et les émotions désagréables. Elle manque d’ouverture, d’affirmation et de tolérance émotionnelle

Personnalité narcissique :  Besoin intense de se sentir différent et supérieur aux autres, sentiment de ne pouvoir être compris que par des gens supérieurs. Incapable de prendre de la distance par rapport aux circonstances : par exemple se conduire de façon compétitive même lorsqu’il n’y a pas d’enjeu : disputer une partie de bowling amicale, se mettre en avant dans une conversation banale, chercher systématiquement à se montrer plus fort que les autres, ne parler que de soi alors qu’on voudrait séduire, etc.

Personnalité histrionique : Cherche systématiquement à être le centre de l’attention. Son arme favorite est la séduction. Peut se conduire de façon théâtrale ou séductrice dans des circonstances inappropriées, comme pendant un entretien d’embauche ou avec son percepteur.

Personnalité dépendante : Croit qu’elle est incompétente et incapable de se débrouiller seule. Elle a alors tendance à développer à l’excès des stratégies pour compter sur les autres et éviter les décisions et les défis importants. Elle ne développe pas suffisamment l’autonomie et la capacité de prendre des décisions.

Personnalité obsessionnelle : Croit qu’il faut déployer beaucoup d’énergie pour que son monde ne s’écroule pas, elle s’emploie à contrôler en permanence les choses, les gens et elle-même. Souvent perfectionniste, elle est incapable d’indulgence, de souplesse et d’insouciance.

Personnalité Etat Limite (borderline) : Débordements émotionnels, labilités de l’humeur, sensation de vide, variabilité de l’estime de soi, rapports humains difficiles (trop de distance ou pas assez), raisonnement et jugements en « tout ou rien », grande souffrance morale, violences

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