Les étapes du rétablissement

Quitter la dépendance 

Arrêter de boire est une décision personnelle. Le malade doit entreprendre cette action d’abord pour lui-même. La dépendance à l’alcool n’est pas une fatalité. Mais les souhaits ne suffisent pas. Pour s’en sortir, il est indispensable de se livrer à une réflexion approfondie sur son comportement et sur sa vie. Dites-vous bien qu’il n’existe pas de traitement miracle pour quitter la dépendance. Le seul vrai « médicament », c’est vous. Le corps médical va vous accompagner dans cette démarche, mais vous en serez l’acteur principal.

Plusieurs étapes jalonnent ce parcours :

Si vous avez développé une dépendance physiologique envers l’alcool, la première étape est le sevrage, c’est-à-dire éteindre le besoin impérieux de boire imposé par votre corps pour ne pas ressentir les pénibles symptômes de manque (tremblements, anxiété, sudation). Cette étape dure en moyenne une semaine, pendant laquelle vous recevrez sans doute un traitement à base de tranquillisants et de vitamines. Il faut garder à l’esprit que la dépendance à l’alcool ne s’installe pas en un jour et que cette maladie est évolutive. Peut-être qu’aujourd’hui ne ressentez-vous pas de manque et  vous abstenir de boire depuis votre arrivée à la clinique vous paraît plutôt facile. Cela signifie sans doute que vous n’avez pas encore de dépendance biologique, mais qu’en est-il de la dépendance psychologique ?

Le séjour à la clinique est un moment privilégié pour mieux vous occuper de vous. Profitez au maximum des réunions et entretiens journaliers avec votre médecin et le personnel soignant pour réfléchir à votre problématique. Il est notamment primordial d’évaluer la place de votre conduite addictive dans l’ensemble de vos problèmes actuels. En d’autres termes : à quoi vous sert l’alcool ou, tout au moins, que vous a-t-il apporté au début ? Du plaisir ? Un soulagement ? Un dépassement de vos limites ?

Le sevrage n’est qu’une étape. Le véritable enjeu est de pouvoir dans le futur mener une existence normale sans recourir à l’alcool. Ce qui revient à vaincre la dépendance psychologique et la dépendance comportementale (les habitudes). L’objectif le plus urgent est de tout mettre en œuvre pour prévenir la rechute. Faire des promesses à votre entourage ou à vous-même, s’en remettre totalement à votre volonté ne suffit pas. Vous devez  recenser avec précision toutes les situations futures susceptibles de vous mettre en danger et d’imaginer des solutions réalistes permettant d’y faire face, en d’autres termes anticiper.

Au cours des différentes réunions et entretiens, les médecins et autres intervenants vous donneront des « outils » qui vous aideront à maintenir l’abstinence. A vous de choisir ceux qui vous conviennent et de vous les approprier. Aucun d’eux n’a de vertu magique mais, utilisés correctement et en association, ils constitueront une aide appréciable.

En résumé, le désir de mettre fin à une dépendance ne doit pas relever du souhait mais d’un travail profond sur soi-même et ses habitudes. Pour vaincre la dépendance, il faut commencer par la comprendre. Arrêter de boire, c’est avant tout apprendre à ne plus boire.

Quelques concepts

Efforts : « Avoir de la volonté » = faire des efforts. En général non suivis d’effet, mais libération de l’état de culpabilité.  Faire des efforts, c’est lutter contre le désir et contre le cerveau affectif, prédictif d’échec.

Souhait : passif et flottant : souhaiter qu’il fasse beau, un bon anniversaire, une bonne année (sans s’impliquer). Souhaiter avoir son bac, arrêter de fumer, de boire. Ce n’est pas le vouloir, pas d’implication, pas de temporalité. Extérieure.

Volonté : Constance dans la poursuite d’un but souhaité. Intériorisée. S’en tenir à la décision. Faculté de se déterminer à certains actes et de les accomplir. Energie, fermeté avec laquelle on exerce cette faculté. La volonté s’exerce envers un objet défini et pouvant être atteint.

Désir : exprime une envie  puissante, mais moins caractérisée que la volonté, plus affective, sans la nécessité de réel objet. « J’ai envie d’une vie meilleure » versus « je veux arrêter de boire ».

Motivation : Facteur (conscient ou inconscient) qui incite à agir pour atteindre son objectif. C’est une envie qui dure.

C’est le désir qui est le moteur principal de la motivation. Si vous avez la motivation, vous aurez la volonté d’appliquer les moyens d’atteindre votre objectif. 2 conditions pour être motivé : importance du projet pour soi-même et confiance en soi pour y parvenir.

Le maintien de l’abstinence : Un moyen ou un objectif ?

L’abstinence ne sera vraiment désirable que si elle permet d’accéder à une vie meilleure, c’est un moyen, un objectif intermédiaire, pas un but ultime. Stopper un comportement addictif, c’est tout d’abord une décision découlant de la motivation (importance du projet, confiance en soi pour y parvenir). C’est aussi avoir la volonté d’entreprendre les actions nécessaires pour réussir et le désir d’accéder, au-delà de la simple abstinence, à une vie meilleure. Les souhaits ne sont pas mobilisateurs, mais ils expriment quand même l’insatisfaction de la vie actuelle et les prémices d’un désir de changement. Les efforts, fruits de la volonté, seront utiles pour débuter les actions. Mais sans alliance avec le désir, ils sont voués à l’échec,

Devenir abstinent, est-ce simplement supprimer le produit de sa vie ?

C’est surtout réorganiser sa vie pour exister sans l’aide du produit :

  • Réinvestissement du temps consacré à l’alcool
  • Réorganisation de la vie, notamment en ce qui concerne les situations à risque:

L’alcool ne doit plus être la réponse systématique au mal-être ou à la recherche du plaisir. Il faut trouver d’autres comportements capables de remplir ce rôle.

 Que peut-on changer dans sa vie ?

Il est important de cibler son action sur les facteurs qui peuvent être changés, c’est-à-dire  principalement  ses habitudes et ses comportements. On ne change pas sa personnalité, ses émotions ou son passé. Vouloir lutter en permanence contre ses « défauts » est épuisant, il est préférable d’utiliser son énergie pour changer sa vision de soi (mieux se connaître, mieux s’accepter) et ses relations avec les autres (s’affirmer, être plus à l’écoute). Vous augmenterez ainsi votre estime de soi et changerez peut-être un peu votre façon de voir le monde. Essayez de vous traiter en ami qu’il faut encourager plutôt qu’en ennemi qu’il faut combattre !

Situations à risque d’alcoolisation : anticiper et s’entraîner

  • Les habitudes
  • Les pulsions
  • La pression sociale
  • La réponse apprise aux situations de souffrances psychiques
  • L’ennui, la solitude
  • Les célébrations
  • L’envie de retrouver le plaisir, la nostalgie des bons moments… (on oublie plus vite les mauvais moments que les bons)

 Que faire  pour prévenir la rechute ?

  • Identifier ces situations
  • Anticiper leur survenue (identifier le plus vite possible les pensées dangereuses)
  • Les analyser (pensées, émotions, comportement problème, conséquences)
  • Trouver des comportements alternatifs
  • S’entraîner à ces comportements alternatifs pour les intégrer dans ses habitudes et savoir les adopter au moment crucial (analogie avec l’entraînement militaire)

Le comportement problème ne surgit pas de nulle part, même en cas de pulsion. Il sera précédé d’émotions et de pensées automatiques souvient inconscientes (préconscientes) qu’il faudra apprendre à reconnaître le plus tôt possible, avant que la pulsion ne soit trop forte. Ces pensées sont fausses car elles ne retiennent que les aspects positifs de l’alcoolisation, sans mettre en balance les inconvénients et les conséquences. Il y a toujours une pensée permissive consciente, c’est elle qui déclenche le comportement, en général après une lutte entre « je sais » et « je sens » (le petit ange et le petit diable). Il est important de la reconnaître et de pouvoir lui opposer une pensée et un comportement alternatifs.

Lorsque vous serez sujet à une envie forte d’alcool,  il est crucial de vous rappeler que cette envie ne va pas durer et que dans quelques minutes elle aura disparu (à condition toutefois de ne pas l’entretenir….).

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One Comment

  1. Bonjour,

    Je suis infirmière en addictologie au CHU-Brugmann à Bruxelles. Nous animons régulièrement des groupes thérapeutique sur le thème de l’alcool… Je m’inspire d’ailleurs beaucoup de votre site pour animer mes groupes 1x/semaine. Auriez-vous des exercices interessant à faire en groupe pour nos patient ?

    Je vous remercie,
    Bàv
    Arbai Zeinab

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